VISU2BL’abbaye bénédictine de Sainte Godelieve à Ghistelles, du 12ème à la fin du 16ème siècle.

Le 30 juillet 1084 Godelieve est canonisée à Ghistellles par l’évêque de Noyon-Tournai. Au 12ème siècle une abbaye est fondée sur l’emplacement de son martyre. 500 ans plus tard, en 1578, alors que les guerres de religion ravagent l’Europe, l’abbaye est mise à sac par les Gueux. C’est le sort de presque toutes les abbayes du comté de Flandres. Elles sont très vulnérables, parce qu’elles sont presque toutes situées en rase campagne. Les communautés religieuses se réfugient dans la ville fortifiée la plus proche. Les bénédictines de Ghistellles se fixent à Bruges. Et comme la Guerre de religion aux Pays-Bas (le Benelux actuel) dure 80 ans (Tachtigjarige oorlog), de 1568 à 1648, elles y restent. C’est l’origine de l’abbaye de Sainte Godelieve à la Boeveriestraat à Bruges.

 Mais en 1891, elles refondent une abbaye à Gistel. Depuis cette date il y a donc deux abbayes bénédictines : une à Bruges et une à Gistel. Plusieurs membres de notre famille sont engagés dans ce grand projet à Gistel. Faisons un petit retour dans l’histoire pour les situer.

Les liens des d’Ydewalle avec l’abbaye des bénédictines, à Bruges et à Ghistelles.

Il y a 250 ans, les enfants de Pierre van Outryve (1703-1749) et Jacqueline de Krygher (1741-1764) sont anoblis, ainsi que leur père Pierre à titre posthume, par notre souveraine l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Elle accorde aux deux fils de Pierre, Jean-Jacques et Emmanuel-Louis, le titre de chevalier. Les lettres patentes sont signées à Vienne le 21 septembre 1771.

La 1ère génération

Le chevalier Emmanuel-Louis van Outryve d’Ydewalle (1745-1827), fils de Pierre, épouse en premières noces la Gantoise Colette Hamelinck (1757-1783), avec qui il a deux filles. Après le décès de Colette, il épouse en secondes noces la Brugeoise Anne de l’Épée (1762-1827).
Après avoir perdu deux fils en bas âge, Emmanuel et Anne ont un troisième fils qui heureusement reste en vie : Eugène-Augustin, de qui nous descendons tous.

La 2ème génération

Début des liens des d’Ydewalle avec les 2 abbayes (Bruges et Gistel).

Le chevalier Eugène-Augustin van Outryve d’Ydewalle (1797-1854) vit à une époque mouvementée. À sa naissance, nos régions sont annexées par la France révolutionnaire (1789). Il a 18 ans quand Napoléon est vaincu à Waterloo (1815) et quand Guillaume I de Nassau devient Roi des Pays-Bas Réunis, qui comprennent grosso modo le Benelux actuel. Il a 33 ans quand Léopold I devient ‘Roi des Belges’ en 1830. - En 1821 il épouse une Brugeoise, Clémence van Severen (1801-1873).

            Eugène-Augustin, conseiller communal à Bruges et président de la Commission des Hospices (le CPAS actuel), connaît de près la situation des nombreux pauvres de la ville. Au 19ème siècle, la pauvreté est un grand problème ; au début du siècle il y a plusieurs réelles famines en Flandre Occidentale.

            Eugène-Augustin et Clémence sont des chrétiens convaincus. C’est dans leur maison, Rue Haute, qu’est fondée à Bruges la première Conférence (= comité) de Saint Vincent de Paul, dont les membres volontaires s’engagent à aider les pauvres à domicile.

            Eugène-Augustin est l’homme de confiance de Charles de Brouckère (né à Bruges en 1796, et décédé à Bruxelles en 1860), membre du Congrès National en 1830, aide de camp de Léopold I, membre de la Chambre, ministre des Finances et ministre de l’Intérieur, échevin et bourgmestre de Bruxelles.

            Quand le gouvernement révolutionnaire Français met les bâtiments de l’abbaye de Bruges en vente, Charles de Brouckère les achète et les remet à la disposition des moniales dès 1798-1800. Les moniales cherchent à remplir une fonction publique pour se rendre acceptable aux yeux du gouvernement : elles ouvrent en 1808 une petite école, puis, sous le régime Hollandais (1815-1830), elles accueillent des dames âgées de la ville. Celles-ci leur laissent souvent l’un ou l’autre meuble après leur mort : c’est l’origine de nombreux meubles anciens de l’abbaye brugeoise.

            Eugène-Augustin meurt, âgé de 57 ans, terrassé par le choléra contracté au chevet des malades qu’il secourait pendant l’épidémie de cette terrible maladie à Bruges en 1854.

            Eugène-Augustin avait succédé à Charles de Brouckère comme père syndic de l’abbaye de Sainte Godelieve à Bruges, initiant une longue histoire commune de l’abbaye Sainte Godelieve à Bruges avec les d’Ydewalle.

Que sont le père et la mère syndic ?

Le père et la mère syndic aident l’abbesse dans la gestion matérielle de l’abbaye. Ils suivent de près les dépenses journalières de l’abbaye et bien souvent, ils prennent des frais à leur compte. Une correspondance permanente, conservée dans les archives de la famille déposées au KADOC, en témoigne.
Mon grand-père Stanislas d’Ydewalle passait toutes les semaines par l’abbaye des Sœurs de Sainte Godelieve à Bruges, à la Boeveriestraat. Cela m’a toujours frappé que les Sœurs appelaient leur père et mère syndic tout spontanément ‘papa’ et ‘mama’.

Plusieurs membres de la famille sont père ou mère syndic de l’abbaye Sainte Godelieve à Bruges à partir du milieu du 19ème siècle.

La sœur de Eugène-Augustin, Pauline, est mère syndic de l’abbaye Sainte Godelieve à Bruges de 1894 à 1911.

Son fils Emmanuel-Henri est père syndic de 1871 à 1902.

Sa belle-fille Marie Aronio de Romblay (1843-1926), veuve du cadet Charles d’Ydewalle (1840-1876), est mère syndic de 1917 jusqu’à son décès en 1926.

Le fils de Charles d’Ydewalle et Marie Aronio, Stanislas d’Ydewalle (1871-1959), mon grand-père de Tudor, est père syndic depuis son mariage en 1902 jusqu’à son décès en 1959. Il finança e.a. de grands travaux au bâtiment et en remerciement, l’abbesse fit peindre les armoiries d’Ydewalle dans la voûte du cloître rénové.

Son fils Jacques (1909-2002), mon père, prend la relève au décès de son père et fut le dernier père syndic de l’abbaye Sainte Godelieve à Bruges, de 1959 à son décès en 2002.

La 3ème génération

Eugène-Augustin et Clémence ont huit enfants. Je les passe rapidement en revue, en m’arrêtant à ceux qui participeront, avec leur beau-frère et sa famille de Bethune, à la reconstruction d’une abbaye de Bénédictines à Ghistelles (Gistel) en 1890-1891.

1. Emmanuel-Eugène, né et décédé en 1823.

VISU2 Jean Bethune2. Émilie-Anne (1826-1894) épouse Jean-Baptiste de Bethune (1821-1894) - visuel ci-contre -  qui devient le promoteur enthousiaste de l’art religieux néogothique: il restaure e.a. la cathédrale d’Aix-la-Chapelle et celle de Bruges (après l’incendie en 1839), il est l’architecte de l’ensemble néogothique de Vivenkapelle: église, cure, deux écoles primaires... (1860-1870), de l’abbaye de Maredsous (1872-1899), du château van Caloen à Loppem, du château Ter Heide (La Bruyère) pour son beau-frère Charles et son épouse Marie Aronio de Romblay... Il sera en 1890 l’architecte de la nouvelle abbaye de Ghistelles. La famille de Bethune était propriétaire du terrain et de ce qui restait des anciens bâtiments.

Le mouvement néogothique: un projet de société, et d’approfondissement de la foi

L’art néogothique est plus qu’un style: c’est l’expression artistique d’un mouvement religieux et d’un projet de société. Après une siècle, dit des Lumières, souvent assez superficiel, et la tourmente de la Révolution Française, un mouvement se dessine dans toute l’Europe qui recherche nos racines profondes. Il trouve un modèle dans la culture fondamentalement chrétienne du Moyen Âge et une expression artistique dans le style gothique. Les protagonistes parlent de l’art chrétien et trouvent un modèle social dans les gildes du Moyen Âge, où maîtres et artisans travaillent harmonieusement ensemble.

3. Marie-Joséphine (1827-1869) reste célibataire. Je lui ai consacré un article l’an dernier dans notre bulletin (n° 30), soulignant son engagement social. Je ne sais pas si elle participe au financement de la nouvelle abbaye à Gistel, mais ça ne serait pas étonnant.

4. Emmanuel-Henri (1829-1902) reste lui aussi célibataire. Il est père syndic de l’abbaye Sainte Godelieve à Bruges de 1871 à 1902, et participera largement au financement du projet à Gistel.

5. Eugène-Charles (1830-1901), épousa en premières noces Emma de Serret (1833-1865) et après le décès de celle-ci, il épousa la sœur d’Emma, Laurence de Serret (1836-1900). De cette seconde union naquit Clément (1876-1942), dont la fille Suzanne (1898-1968) épousa le baron Charles d’Udekem d’Acoz; ils sont les grands-parents de la Reine Mathilde. C’est d’Eugène-Charles que descend également Eugène-Emmanuel van Outryve d’Ydewalle de Diest (°1934), et ses descendants.

6. Pauline (1835-1911) habite avec son frère Emmanuel-Henri au château de ‘Rapenburg’ à Ruddervoorde, qu’ils ont hérité de leur mère van Severen, et où habitent actuellement Bernard et Marie-Pierre d’Udekem d’Acoz. Elle est mère syndic de l’abbaye de Bruges et participe, avec son frère Emmanuel, au financement de la nouvelle abbaye de Gistel.

7. Victorine (1836-1907) épouse Charles Baillieu d’Avrincourt (1827-1895). Ils achetèrent à leur neveu de Serret le château des III Rois à Beernem. Victorine et Charles n’ont pas d’enfants, et Victorine léga le château des III Rois aux enfants de feu son frère Charles (voir le n° 8 ci-dessous).

8. Charles (1840-1876) épouse la Lilloise Marie Aronio de Romblay (1843-1926). Marie Aronio descend de grands commerçants, connus à Gène depuis le 16ème siècle, émigrés à Lille au début du 17ème siècle, reçus bourgeois de Lille en 1636, anoblis en 1707 par le Roi de France Louis XIV. Charles est membre de la Chambre des Représentants pour l’arrondissement de Bruges, de 1870 à son décès en 1876. Marie Aronio de Romblay est mère syndic de l’abbaye Sainte Godelieve à Bruges, de 1917 jusqu’à son décès en 1926.

À part les d’Ydewalle de Diest (voir le n° 5 ci-dessus) , tous les d’Ydewalle actuels descendent des enfants de Charles d’Ydewalle et Marie Aronio: Emmanuel (branche Peereboom), Stanislas (branche Tudor), André (branche III Rois) et Marie-Thérèse, épouse d’Emmanuel de Meester.

 

VISU2AUn beau livre vient de paraître, consacré à cet audacieux projet à Ghistelles:

Marc VANSEVENANT en Werner PEENE. De familie Bethune en de stichting van het prioraat St. Godelieve te Gistel. Grand album de 160 pages, 31 x 24 cm, édité par les Vrienden van het St.-Godelievemuseum (Abdijstraat 84, 8470 Gistel; Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) Prix: 29,95 euro.

Le livre, richement illustré de nombreuses photos, retrace l’histoire de cet imposant projet, dans lequel les familles Bethune et d’Ydewalle jouèrent un rôle de premier plan. Et dans un nombre impressionnant de notes détaillées et bien documentées on trouve une foule de renseignements sur les personnages et les événements dont il est question dans le livre.

Le livre complète bien un premier ouvrage du même format, édité luis aussi par les Vrienden van het St.-Godelievemuseum, en 1991 à l’occasion du centenaire de la reconstruction en 1890-1891: Sint-Godelieveabdij Gistel. Gistel 1891-1991. (175 p.)

Et en 2021?

Les communauté des bénédictines de Bruges et de Gistel connaissent le sort de presque toutes les communauté religieuses: elle s’éteignent.

De celle de Bruges il reste encore quelques religieuses en vie, dont l’abbesse Sœur Sabine Bousson. Elles ont quitté leur abbaye à la Boeveriestraat il y a quelques années et se sont jointes à une grande communauté de religieuses âgées dans la maison de repos de Vogelzang à Sint-Michiels, tenue par l’hôpital brugeois Saint Luc, dans le château où habitait Henry Kervyn de Lettenhove, architecte du château Tudor lors de sa construction en 1902. Je célèbre tous les jours l’eucharistie avec elles.

Depuis 1992 une petite communauté nouvelle habite l’abbaye de Gistel.

Stany d’Ydewalle

Expansion et déclin des entreprises familiales van Outryve
durant la période napoléonienne

Handel en nijverheid in Brugge in de Franse tijd

VISU1AL’imposant ouvrage ‘Brugge voor Napoleon’, récemment publié, détaille sur pas moins de 615 pages, divers aspects de la vie économique, sociale et culturelle en région brugeoise sous le règne de Napoléon.
Le chapitre ‘Handel en nijverheid in Brugge in de Franse tijd’ propose une analyse fouillée de l’évolution des relations commerciales entre la fin de la période autrichienne et l’avènement du régime français. La rédaction en fut confiée à Jan D’Hondt, historien (UGent 1984) et collaborateur du Stads Archief Brugge.
L’auteur consacre plusieurs pages à la réussite de l’entreprise commerciale ‘Handelshuis A. van Outryve’ dont la gestion fut assurée successivement par Augustin van Outryve, puis par son neveu Jean-Jacques van Outryve de Merckem.
Cette contribution apporte un éclairage assez précis concernant le contexte économique dans lequel les entreprises familiale gérées par Augustin et son neveu Jean-Jacques connurent des phases d’expansion puis de déclin.

Les entreprises ‘Handelshuis A. van Outryve’ et ‘Brugse Zeeverzekering’

Les Pays-Bas du Sud (Zuidelijke Nederlanden) ont bénéficié d’une période de prospérité durant la seconde moitié du 18ième siècle. Les règnes de Marie-Thérèse d’Autriche et de Joseph II s’accompagnèrent de mesures favorables à l’expansion du port d’Ostende. Ainsi par exemple l’approfondissement du canal Bruges-Ostende permit-il de relier plus efficacement le port de Bruges (‘Handelskom’) à la mer.
Le port brugeois avait à cette époque pour atout de disposer d’une offre d’entrepôts hors-taxes bien mieux fournie qu’à Ostende. Le Handelskom accueillait 368 navires en 1782.
40% de la population active travaillait dans le secteur des métiers à tisser le lin ou le coton.

 

Jan D’Hondt relate dans le détail la réussite commerciale de divers marchands brugeois, tel le développement, sous la houlette d’Augustin van Outryve (1710-1795), de la maison de commerce ‘A. van Outryve’. Rappelons que cette société familiale avait pris le relais du commerce particulièrement florissant initié précédemment par sa tante Mary Anne van Outryve (1674-1746), qui était décédée sans descendance directe.
VISU1C AugustinAugustin s’établit dans la maison de sa tante, située dans la Cordouanierstraat.
L’entreprise bénéficia d’une période d’expansion exceptionnelle au départ d’activités relevant de l’import-export, de la construction navale et d’assurances maritimes. En 1790 le registre d’état civil de Bruges associait le nom d’Augustin au qualificatif de ‘hooft der kooplieden van Europa’ !

Augustin décéda en 1794, alors que la tutelle des Pays-Bas autrichiens prenait fin au profit du régime français, de tonalité révolutionnaire puis impériale.
Son entreprise passa dans les mains des enfants de son frère Pierre-François van Outryve (1703-1749), et principalement de Jean-Jacques van Outryve de Merckem (1703-1749) qui en assura la direction. Son portrait est aujourd’hui encore exposé à la Sint-Jorisgilde, dont il fut hoofdman en 1789.
Ses deux frères Emmanuel-Louis (avocat) et Jean-Georges (chanoine) ainsi que sa sœur Pétronille furent également actionnaires de la société familiale. Celle-ci s’établit sur la Sint-Jansplein et occupa un entrepôt à l’entrée du Handelskom.

L’auteur fournit d’intéressants détails concernant le commerce maritime que Jean-Jacques développa vers différentes destinations européennes, ainsi qu’avec les jeunes Etats-Unis d’Amérique.
Les comptes de l’entreprise font état de nombreuses commandes de weedas et de potas, (traduire ? POTASSE DE PASTEL ou ? ), substances utilisées dans l’industrie textile et dans la fabrication de savon. Ces matériaux étaient importés depuis Elbing (Pologne), Hambourg, Brème et Saint-Pétersbourg. D’autres partenaires commerciaux de l’entreprise étaient localisés dans des régions plus proches : Lille, Paris, Valenciennes, Saint-Omer, Dunkerque, Lyon, Rotterdam, Londres et Barcelone.
Le degré de richesse d’Augustin et de ses quatre neveux et nièce se trouve confirmé par les archives de la ville, qui publient le détail des contributions que les Brugeois nantis durent payer lorsque l’occupant français leva un impôt exceptionnel de quatre millions de guldens.

Mais au Blocus continental (1806-1808), qui gela les relations commerciales avec le Royaume-Uni, s’ajoutèrent d’autres difficultés qui provoquèrent une diminution des activités du port.
Jan D’Hondt juge que la période française s’est avérée néfaste pour le développement du port de Bruges. Quatre des six chantiers navals furent fermés à cette époque. La très prospère ‘Brugse zeeverzekering’, fondée par Jean-Jacques van Outryve de Merckem et Charles d’Hont de Nieuwburg (1723-1798), mit fin à ses activités en 1812.

Augustin van Outryve (portrait Suvée)

 

 

VISU1DJean-Jacques van Outryve, (vice)-président de la Chambre de Commerce

Les corporations perdirent la plupart de leurs privilèges sous l’occupation autrichienne, puis à l’initiative du régime français (‘loi Chapelier’). Ces mesures contribuèrent à libéraliser les activités commerciales et industrielles, favorisant l’enrichissement de nombreux commerçants et d’une partie de la noblesse.

Le rôle de la Brugse Kamer van Koophandel, qui avait été fondée en 1665, gagna en importance à l’époque napoléonienne. L’institution faisait office de Tribunal du Commerce et avait pour mission de veiller à l’entretien des canaux Bruges-Ostende ainsi que Bruges-Gand.
Elle connut un bel essor à partir de 1783, lorsqu’une modification de ses statuts permit désormais à de jeunes marchands d’en devenir administrateurs.
C’est à la Chambre de Commerce que le gouvernement français concéda l’exploitation des entrepôts du port (‘Handelskom’, visuel ci-dessous).
Jean-Jacques van Outryve de Merckem en assura successivement la vice-Présidence et la Présidence. Il fut à ce titre invité en 1804 aux célébrations du couronnement de l’Empereur à Paris. On lui doit également un intéressant rapport, publié en 1811, qui répertorie les diverses activités industrielles de la région.

Notre aïeul rencontra la délégation française lorsque l’Empereur, en visite à Bruges en (date ?) souhaita se rendre dans le ‘Handelskom’ pour y discuter des perspectives de relance du port brugeois.

 

VISU1XLa liaison maritime entre Bruges et la mer causait à cette époque de gros soucis aux marchands brugeois. Ostende avait perdu son statut de grand port maritime à la fin de la période autrichienne. Et le canal Bruges-Ostende s’avérait difficilement navigable lorsque l’ouverture des écluses à Ostende provoquait une baisse du tirant d’eau.
Les Français s’employèrent donc, à l’occasion de la visite impériale du Handelskom, à convaincre la Brugse Kamer van Koophandel  de soutenir le principe du creusement d’un nouveau canal qui relierait le port de Bruges à Breskens, en passant par Sluis.
La perspective d’une nouvelle liaison maritime fut évidemment bien accueillie par les instances brugeoises. Les motivations de l’Empereur n’étaient toutefois pas principalement d’ordre économique. Il était probablement surtout désireux de prolonger jusqu’à Breskens le réseau de canaux intérieurs qui reliait le Nord de la France à Bruges, permettant ainsi de déplacer rapidement ses armées vers l’embouchure de l’Escaut. Le dispositif militaire autour d’Anvers serait ainsi renforcé face à la perfide Albion.

Il ne subsistera finalement de ce projet maritime que le canal Bruges-Damme entamé à l’époque de Napoléon, puis prolongé bien plus tard jusqu’à Sluis sous Guillaume Ier.

Seconde visite de Napoléon à Bruges 

L’Empereur épouse Marie-Louise d’Autriche le 1er avril 1810, et le couple entouré de la suite impériale, effectue presqu’immédiatement, soit au mois de mai, son premier déplacement dans le Nord, en passant par Bruxelles, Anvers, Gand, Bruges et Ostende.
L’arrivée à Bruges de la suite impériale s’avère chaotique. Comme Marie-Louise et sa suite arrivent plusieurs heures avant l’Empereur, le Comité d’accueil des Dames, présidé par Sophie van Outryve d’Ydewalle (dates), dut décommander l’accueil officiel de l’Impératrice. Napoléon arrivera à 22 heures à la Porte de Damme, sous une pluie battante, négligeant le parcours officiel le long duquel divers arcs de triomphe avaient été dressés en son honneur.
L’Empereur a gagné en respectabilité du fait de son mariage, un mois plus tôt, avec une Habsbourg. L’accueil des nobles et bourgeois sera donc bien plus respectueux que lors de sa précédente visite à Bruges, en 1803.
Plusieurs notables, dont notamment Jean-Jacques van Outryve de Merckem, seront gratifiés à cette occasion de la Croix de la Légion d’Honneur.
VISU1 SophieSophie van Outryve d’Ydewalle (portrait ci-contre) prononcera le mot de bienvenue - ou ‘Compliment’ - adressé à l’Impératrice lors de la réception, suivie d’un bal, organisée dans la Préfecture (l’actuel Palais Provincial).
Une montre agrémentée d’une chainette en or lui sera offerte.

La suite de l’Empereur comptait une quarantaine de personnalités. Tous furent hébergés chez l’habitant, notamment parmi divers membres de notre famille : Pétronille (Huis Casselberg, actuellement Hoogstraat n°6), Emmanuel (Arentshuis, Dijver n°6), Jean-Jacques (Huys de Lecke, actuellement Wapenstraat 14), ainsi que François de Serret et son épouse Marie-Thérèse van Outryve d’Ydewalle (lieu ?).

A noter que Pétronille, ardente prorévolutionnaire (‘jacobine’) que le régime autrichien avait précédemment fait surveiller de près, hébergea cette fois-ci le Ministre de l’Intérieur français…

Hugues d’Ydewalle

Source
Brugge voor Napoleon – Een stad onder Frans bewind 1794-1814Redactie: Henk Anseeuw, Jan Anseeuw, Bert Gevaert (601 blz.)Uitgeverij Sterck & Devrieze